Démarche artistique

Les rapports de groupe, le saisissement des corps, le déséquilibre sont les thèmes abordés dans mes premières chorégraphies créées au Brésil : Os Olhos do Lobo en 1993 à Campinas,  Drom, chemin faisant en 94 à Belo Horizonte et Ivresse en 95 à São Paulo.

Elles ont été primées par l’Association des Critiques d’Art de l’Etat de São Paulo, l’Association Vitae de Soutien à la Culture et le Festival Movimentos de Dança.

Prenant ses sources dans la modernité allemande, s’enrichissant des démarches de la post-modernité américaine, ma danse se nourrit aussi des gestes du quotidien, de la littérature et des arts plastiques. Elle se singularise par une poétique de l’espace qui intègre et questionne la relation danse-musique. Elle se situe au cœur des interactions entre corps, son et espace.

 

Susciter un espace autre.

Proposer une présence, une qualité de mouvement reflet d’un autre rapport au monde.

 

L’espace est une matière, une texture changeante qui entre en dialogue avec la danse, porte l’empreinte du mouvement, la trace des déplacements. Je l’envisage comme un lieu d’échanges et de porosité plutôt que comme un territoire à conquérir et à occuper.

Mon espace est une hétérotopie : un espace autre, un contre-espace, la contestation possible de tout autre espace.

Il est en cela politique et poétique. Il interroge la notion de frontière et de contour, défend la nécessité d’un endroit sauf où l’on peut penser, rêver, créer.

 

Rendu visible par des installations scéniques faites d’objets détournés et par la présence du ou des corps en tension, il devient paysage. La chorégraphie NON Lieu, créée en 2009, introduit cette approche plus spécifique de mon travail, qui s’est précisée dans le projet Landscape présenté en 2012 à Gennevilliers. Avec les chorégraphies 3 Jardins, créé en 2014, puis Jardin(s) en 2015, il devient plus intime, à la fois réel, symbolique et imaginaire sans renoncer à sa force d’effraction.

Les costumes que je crée font partie du dispositif scénique. Epurés, graphiques, texturés,  ils sont un intermédiaire entre le corps et l’espace, un passage. Ils forment une autre couche d’espace au contact de la peau.

 

Espace intérieur, peau, costume, espace environnant.

Résonance.

 

La marche tient une place importante dans ma danse. Elle est à la fois liée à l’espace et au rythme, incorpore la relation danse-musique. Avec la respiration, la tactilité, le trans-port, elle engage un mode spécifique d’être en relation à.

 

Prélude.

 

La danse nous confronte au visible et à l’invisible. Elle est à la fois déplacement et transport. Avec le déplacement, lié au visible, elle apparait dans les intervalles du "marcher". Suspensions, instants de vide, ils suscitent cet espace-entre qui ouvre sur tous les possibles. Le transport se situe plutôt dans l’invisible. Il est ce que Rilke appelle le mouvement pur : l’élan ou l’allant. Ces deux mouvements sont à l’œuvre dans mon corps, se relayant sans cesse l’un l’autre.

La marche fait partie du Rythme du Corps, travail de création, et aussi de transmission que je mène depuis plusieurs années auprès de Françoise Dupuy.

Le rythme scande ma poésie de l’espace et du mouvement. Il porte les dynamiques de ma danse.

 

Respiration, tension-détente, élan, pulsation, nuances, vibration.

 

Mon rapport à la musique m’amène à collaborer régulièrement avec des musiciens en tant que compositeurs mais aussi interprètes présents sur scène. Pour les pièces Pigeon, vole ! en 2000 et Chicanne de 2001, j’ai travaillé avec le percussionniste contemporain Benoît Gaudelette. Le violoncelliste Jean-Yves Gratius m’a accompagnée dans la création de NON Lieu en 2009, le guitariste Yves Jegado Pinto Alves sur la pièce Landscape, le percussionniste Dominique Waltisperger, le contrebassite Marco Quaresimin et la flûtiste Eva Maria Schieffer sur 3 Jardins.

Les dispositifs sonores proposés par les instrumentistes suscitent d’autres couches de sens et de perception. Ils s’associent parfois avec le texte lu sur scène ou en voix off, avec des projections vidéos comme dans la pièce Lugar in-comum présentée à Rio de Janeiro en 2008, avec le guitariste Silas Oliveira et la comédienne Veronica Fabrini.

 

L’improvisation est à la base de mon processus de création et garde une place au sein de mes chorégraphies, se mêlant à l’écriture précise du mouvement et de l’espace. Cette écriture est une conséquence de l’interaction du corps avec l’espace, l’imaginaire, elle résulte avant tout de la qualité de présence engendrée par la confrontation à la proposition chorégraphique et au lieu de son surgissement.

 

La présence est première, fondatrice. Liée aux perceptions, elle explore le végétal, l’animal et le minéral de façon sensible et profonde.

 

Ecoute, perméabilité, instinct, bienveillance.

 

Danse.